vendredi 8 septembre 2017

Bricabrac - Les repères maritimes

L’anniversaire d’Irma

L’après-midi, nous nous sommes baignés. Ce fut merveilleux, l’eau était à 29 degrés, un peu plus chaude encore que les années précédentes.

Quand nous revînmes de la plage, Cindy avait préchauffé le four, tandis qu’Emily préparait un caramel blond, qu’elle portait à ébullition à feu moyen. Franklin, pendant ce temps, épluchait les ananas, dont les feuilles, tranchantes comme l’agave, emportées par le vent à travers le ciel au fur et à mesure, déchiquetaient les oiseaux-mouches.

À la tombée du soir, il se mit à pleuvoir des fous rires et des boules de glace à la vanille sur notre gâteau antillais. Harvey alluma les phares : Gustavia, l’Îlet du Gosier, la Pointe du Vieux-Fort et la Pointe Doublé, l’Anse à la Barque. La fête battait son plein au pied du pic du Paradis, de l’île Tintamarre arrivaient des airs de biguine. C’est vraiment ça les vacances.

Nous n’attendions plus qu’Irma, qu’elle vînt souffler ses bougies et donnât le signal du bal, l’idée de danser le zouk et le manège nous déhanchait déjà. Mais lorsqu’elle arriva, l’œil mauvais, la nuit s’abattit d’un coup, et nous dûmes courir à l’hôtel nous mettre à l’abri pour nous protéger des palétuviers de la mangrove, qui volaient comme des noctilions géants parmi les toits arrachés et les tôles des quartiers pauvres.

Plus tard, par les interstices des planches dont on avait barricadé les fenêtres, nous aperçûmes ces voyous de José et Katia, qui s’étaient approchés et dansaient seuls sur la piste dévastée, décidés à tout casser. Vous parlez d’une fête. Pourtant, nous comptons bien revenir l’année prochaine, en espérant qu’ils auront reconstruit le Tom Beach Hotel.

jeudi 7 septembre 2017

Mapie - Les repères maritimes

Tu colles un coquillage à ton oreille, tu fermes les yeux et…

Tu écoutes les sternes qui crient, qui volent, se posent, s’envolent, marchent en sautillant, se posent sur l’eau, se laissent porter par les vagues…

Tu écoutes les gens du coin et les gens de passage… Les enfants sont agacés car il faut descendre jusqu’à la mer et qu’à pied c’est loin.

Les connaisseurs ou les optimistes ou les connaisseurs optimistes disent pour la troisième fois de la journée: « il pleut… pas grave … c’est la marée »… ou t’expliquent que si tu ne vois pas les iles c’est bon signe…

Tu respires les embruns, le varech, la pelouses tondue, les genets, les hortensias ( ça a un parfum l’hortensia?… peu importe… tu respires…)

Tu expires tes tensions, tes humeurs pour les mêler à ce parfum chahuté et chahuteur de bord de mer.

Tu t’imprègnes de sable, de sel, de cet air frais et poisseux , vif et revigorant si tu prends juste le temps d’accepter qu’il te vide pour mieux t’emplir..

Tu marches dans l’eau voire même tu t’y baignes avec cette petite fierté d’être de ceux et celles qui abordent les 16 à 17 degrés de l’eau de juillet.

Tu regardes, tu admires, tu contemples, tu t’émeus, devant la beauté du panorama, les couleurs de l’eau, les coquillages, les galets, les rochers aux formes étonnantes.

Tu t’amuses en regardant les petits qui courent remplir leur seau d’eau… et reviennent bringuebalant le seau à moitié vide, n’ayant gardé qu’un fond d’eau mêlé de sable car le reste s’en est allé…

Tu goûtes une croute à thé, un kouing aman, une bolée de cidre, une beurre sucre…

Tu retires ce coquillage de ton oreille, tu ouvres les yeux et tu souris.

Où lire Mapie

Lilousoleil - Les repères maritimes

Nous étions vingt ou trente copains dans une bande. Chahutant sur la plage, nous attendions le dernier participant au pique-nique improvisé sur la plage. Marie avait emmêlé le cerf-volant et Simon pestait pour dénouer les ficelles. Anne étendue au soleil, se badigeonnait d’huile solaire ambrée et parfumée ; l’effluve vanillé parvenait aux narines de Pierre, qui, jumelles en main, contemplait les bateaux croisant au loin bien au delà de la bouée rouge qui balisait les autorisations de baignade. Soudain un cri retentit… Nos regards se portèrent au loin et nous vîmes oui nous vîmes, un homme qui marchait sur l’eau. Il arriva sourire aux lèvres.

« Bonjour, Jésus est mon nom. Je suis en retard, ma moto est en panne et je suis venu à pied ! J’espère que le rosé est bien frais et que la fête commence.


mercredi 6 septembre 2017

Mel - Les repères maritimes

Les repères maritimes

Un samedi. Rien à l'horizon. Puis soudain, la mer à l'horizon, à une heure. Prendre la poudre d'escampette, ne le dire à personne. S'enfuir vers les vagues.

La dernière fois qu'on y est allé avec des copains, on pensait bien la faire la randonnée. Mais les copains aiment trop boire et manger, y passent tout leur temps, restait juste assez pour quelques jeux de pétanque. On est rentré frustré. La randonnée sera partie remise.

Il faisait beau samedi. Un soleil doux. Entrer dans la forêt où vivent les arbres magiques. Apercevoir de temps à autre l'océan par de petites lucarnes. Etre à deux parmi d'autres marcheurs à deux, ou seuls, ou troupes. Mais ce n'est pas la foule, loin de là. La plupart des gens disent bonjour sauf les troupeaux qui sont trop occupés à être entre eux. L'humain se comporte comme il peut.

Nous arrivons à la pointe, quelques uns s'y attardent. C'est beau de partout. Le sable, le bleu, le vert se mélangent harmonieusement. D'autres couleurs s'ajoutent avec les kitesurfeurs. Le beau ressource l'âme et fait le grand ménage. Un homme a l'air de connaître l'endroit, nous lui demandons si on peut aller plus loin. Il confirme mais ne sait pas grand chose sur la suite du chemin. Nous y allons et trouvons une plage qui ressemble au paradis. Belle et sauvage. Très Peu de monde. Les plantes ont le temps d'y pousser sans être écrasées. Les falaises font le décor. Un autre monde. Savourer les instants iodés. Et observer que quelques autres aussi les ont cherchés. Silence.

Puis reprendre le chemin à l'envers. Longer par un sentier plus proche de la mer. Voir le ciel et la mer mettre leurs habits du soir. Terminer la balade sur la grande plage déserte. Les vagues et leurs dentelles ne dansent rien que pour nous.

Les repères maritimes sont vraiment de bon goût.

Où lire Mel

mardi 5 septembre 2017

Marité - Les repères maritimes

Regard sur la plage en été

Je n'aime pas les plages bondées. Ce qui ne manque pas d'arriver, en particulier au mois d'août à partir de 11 heures. Aussi, je préfère me passer de grasse matinée. Sitôt un rapide petit déjeuner avalé, munie de ma serviette et tout le saint-frusquin utile pour se protéger du soleil - sans oublier un livre, un cahier d'écriture et un stylo - je rejoins ma plage préférée.

À peine 9 heures. Le soleil est déjà haut et le ciel d'un bleu pur et uniforme. Pas un chat. Si : deux pêcheurs là-bas, près des falaises. Les carrelets, comme des vigies, regardent la mer. Inlassablement.

La plage est propre comme un sou neuf. Bouchés les trous creusés par des gamins bâtisseurs qui, si l'on n'y prend pas garde, peuvent vous occasionner une belle entorse.

Je peux m'installer en toute tranquillité en bordure du bois de pins qui longe la plage. Je foule le sable fin et frais et me dirige très vite vers la mer. Elle chante pour moi seule. Le bonheur. Je marche dans l'eau, sereine. Je rêve en me laissant bercer par le murmure des vaguelettes qui s'échouent à mes pieds.

Nullement dérangées à mon approche, deux ou trois mouettes, très agressives, se disputent le territoire de pêche. Là-bas, un cargo remonte lentement l'estuaire en longeant l'autre rive. Tout est paisible. Pour peu de temps hélas.

Voilà déjà la bande habituelle du camping voisin. Ils viennent tous les jours faire leur gymnastique sur le sable. Leur séance se termine invariablement par une série de coups de poing qu'ils s'assènent mutuellement sur tout le corps. Ce doit être cela la gymnastique douce.

Un bruit de tambour. Jésus - l'homme ressemble au Christ, colliers de perles multicolores et longue tunique en plus - et ses douze apôtres se mettent en cercle. Voilà les directives : distribution à chacun de petits sacs bleus en maille légère. Tout le monde s'égaye ensuite à la recherche de coquillages d'une certaine forme ou couleur et emplit sa poche en chantonnant. Il paraît que la récolte va servir pour le land art. Jésus, lui, déambule au milieu d'eux en frappant sur son tambourin de façon lancinante. Curieux spectacle.

10 heures. Papy et Mamie arrivent en traînant derrière eux leur petit-fils mal réveillé. Il pleurniche, tape du pied, s'acharne sur sa bouée orange en forme de canard, veut ceci ou cela. On lui donne un biberon de jus de fruit. Il semble apaisé. Pour peu de temps. Il a une envie pressante d'uriner. Comme les aïeux ne bougent pas assez vite, il se poste derrière eux et, l'air revanchard, arrose copieusement le dossier en toile de leurs fauteuils en admirant son jet. Je suis morte de rire.

C'est l'heure où le bateau de croisière du village emmène sa cargaison de touristes au phare de Cordouan. Le capitaine serine dans son micro toujours les mêmes explications et les mêmes blagues et, quand ses passagers sont des personnes du troisième âge directement descendues de leur car, il chante avec eux : "il était un petit navire..." Gai retour à l'enfance.

La plage se remplit petit à petit. Ici, une grande famille a apporté les glacières, les jeux, les parasols.

Fini le calme. Ils étalent leurs serviettes sans se préoccuper des voisins. La discrétion n'est pas leur fort. On chahute, on compare son degré de bronzage. On se tartine réciproquement de crème solaire qui pue. Et, bien entendu, on téléphone et tout l'entourage en profite. Ces deux-là n'ont sans doute pas eu assez de leur nuit et pour un peu, ce serait l'amour à la plage. Sans complexe. Bon. Ma vieille, c'est cela être libéré !

"Paul ! Paul !" Juste à côté de moi, une dame interpelle son mari. Elle lui montre ses jambes d'un air offusqué. Paul a oublié d'enlever ses bas à varices avant d'ôter son pantalon. Le voilà en maillot de bain avec ses chaussettes de contention. Le pauvre Paul jette un bref coup d'œil alentour pour mesurer les dégâts. Je baisse la tête pour étouffer un fou rire.

Un anglais s'installe avec ses deux enfants. Il a apporté des munitions : un sac plein de canettes de bière qu'il boit les unes derrière les autres en se roulant un joint de temps en temps. Il commence à rire sous le regard un peu gêné de ses gamins. Mieux vaut ignorer la situation.

11 heures. Je plie bagage. Je n'ai pas lu une seule page de mon livre, ni écrit une seule ligne naturellement, tellement prise par ce qui se passe autour de moi.

Ah ! La plage ! Lieu de tous les comportements que l'on peut observer sans être particulièrement voyeur. Qu'ils soient cocasses, dérangeants, ils en disent long sur la nature humaine.

En ce qui me concerne, la plupart du temps, mes repères maritimes de l'été font que je m'amuse bien.

Stouf - Les repères maritimes

Oh la la, y a du vent dans les voiles comme disait mémé quand pépé rentrait de chez Pierric, le bar de Penn Ar Menez (bout de la côte) !

Mais là c'est pas à cause du Chouchen, c'est que je suis venu sur ce Penn Ar Bed (bout de la terre), un phare où devait bosser ma cousine Gwenaelle (Ange blanc) qui est technicienne électrique en charge de l'entretien des signalisations maritimes, des systèmes optiques du service des phares et balises français.

Ah nom des dioux… là on s'est fait avoir par une tempête, on est enfermés dans le bâtiment et ça souffle fort dehors, on est coincés jusqu'à ce que ça cesse !

Heureusement la Gwen qu'est une vraie pro elle a toujours avec elle les rations de survie… du calendos, des patates, quelques œufs qui ont survécu à la houle dans l'hélico et à l'atterrissage le long d'un filin d'acier. Sans dec … je flippais vachement, moi le parigot (tête de veau, parisien tête de chien) à la réception mais la cousine bretonne devenue athlétique, alors qu'avant c'était la plus petite de la fratrie, m'a retenu pour pas que je tombe à la baille.

Là elle me donne une taffe d'un bédo, on a bien bouffé et la commanderie du port de Brest nous a dit qu'ils viendront nous chercher quand la tempête sera finie. Cool … nous on connaît rien de tout cela à Paris et… ben ça a comme un air de vacances forcées, le bagne avec ma cousine préférée qui se fout bien de ma gueule mais que j'aime ça parce que c'est elle …;o))


lundi 4 septembre 2017

Andiamo - Les repères maritimes

La Manche

Moi je passe des heures à regarder la mer chantait Alain Barrière, à mon âge je passe des heures à regarder Mèmère !

Nan j'déconne, la MANCHE avec des majuscules partout, une mer magnifique sur la côte d'Albâtre au Tréport, la Manche qui change de couleur toutes les cinq minutes, passant du gris au bleu outre mer, de l'ocre en bord de plage au vert émeraude, au gré des nuages, et des apparitions du soleil.

Une eau qui ne dépasse pas les dix neuf degrés, et je m'y baigne, au pied de ces immenses falaises qui montent à plus de 300 pieds, je mets la hauteur en pieds ça impressionne davantage, comme en avion : " nous volons actuellement à 30 000 pieds"... C'est le panard.

La Manche une mer avec des coefficients de marée incroyables, jusqu'à 11 ! Alors forcément elle est brassée, comment voulez vous qu'elle chauffe ? Pas comme une que je connais, et qui ne bouge guère (pour faire râler les gens du sud).



Tisseuse - Les repères maritimes

Plage d’oubli

Est-elle si familière
Cette plage d’oubli
A l’enfant trop sage
Qui s’ennuie
Dans sa cage

Est-ce son cœur qui se serre
A l’évocation du temps morne
Qui métronome
Le sang dans ses artères
Au rythme de la pluie

Est-ce la fin qui approche
A grands pas de reproche
Lorsqu’on murmure tout bas
Que la vie ne passe pas
La barrière de folie

Et s’il n’y a pas de porte
A la douleur sans fond
A quoi sert de la sorte
De tenir pour de bon
Dans ce colimaçon

Alors que la raison nous exhorte
De franchir le pont
Qui mène à la mer morte
Quand les vents en cohorte
Nous attaquent de front

Pivoine - Les repères maritimes

Au Coq sur Mer

Bien sûr, il n'y a pas de phare, au Coq sur Mer. C'est une toute petite station balnéaire, toute en villas et anciens hôtels Art Nouveau, avec une digue minuscule, une plage agrandie tant bien que mal, et cette ingéniosité incroyable de mes compatriotes pour construire des maisons en Toc, avec piscine chauffée, vers l'intérieur du pays.
Mais revenons à notre phare.

En cherchant bien, il y en a un à Ostende. Pas beau. Un phare fonctionnel, en béton. Dans un endroit du port inaccessible. Ostende, sa « Malle Ostende-Douvres », et ses passagers tatoués jusque sous les sourcils, mon dieu, est-ce donc cela, l'avant-goût de l'Angleterre ?

Au Coq-sur-Mer, il y a la gare des trams, d'abord. La mer du Nord, notre mer, hérissée de buildings sur quasiment 66 km, de Cadzand, à Adinkerke, c'est d'abord une ligne de tram. La ligne du soleil. Zonnelijn. Car il y a quand même du soleil, chez nous. Parfois. Entre les averses. La gare des tramways du Coq, c'est un poème de gare. Et puis, il y a la Léopoldlaan, qui conduit à la mer. Les hôtels, l'Astoria, les friteries, le mini-golf, les vélos et les cuistax, les glaciers, deux boutiques de mode, le bazar où l'on trouve tout, des journaux, des petites voitures, des Barbie, des jokaris, des cerfs-volants, et des bd, et même des vêtements de pluie. Mais qui est assez fou pour oublier de mettre pulls et anoraks dans sa valise?

Et sur la plage, hérissée de pare-vent, il y a les chaises longues, les cabines de planches, le sable fin, le sable grège, humide, en crêtes de vagues, les méduses, les mares où l'on fait des barrages (même si la plage est toute étroite entre Nord et sud), et les drapeaux. Orange, vert, rouge. Plus souvent orange que vert, d'ailleurs.

Et les sauveteurs. Et les bouées.

Des bouées de sauvetage pour des nageurs téméraires. C'est qu'elle n'est pas très enthousiasmante notre mer du Nord. « Ni grise ni verte », glauque. Brutale. Si rarement bleue! Si rarement d'huile! N'empêche, on en raffole, telle quelle. Avec ses débris et ses méduses, avec ses brise-lames, avec sa forte teneur en iode, qui vous fait couleur pain d'épice.
Et puis ce prénom, qu'on essaie de graver dans le sable, à l'abri des regards…

Car on est en bande. On va par petits groupes ou par deux. En fonction de l'âge et des affinités. Les étudiants ont cinq ou six filles autour d'eux. Je marche avec les sœurs cadettes. Mes copines de vacances. Les plus petits papillonnent. On a quand même quinze ans, et c'est merveilleux. L'âge de graver un prénom dans le sable. L'âge d'écrire son journal. L'âge du premier baiser. L'âge des tournois de ping-pong. L'âge d'écouter les Beatles, la nuit, dans les caves de l'hôtel. L'âge de jouer au mikado, les jours de pluie, au Mille-Bornes et au scrabble. L'âge de lire les romans bêtes de la bibliothèque, les Barbara Cartland, les Delly ou « Le Rosaire ». L'âge de dormir dans la chère chambre 113.

Enfin, on prend le tram, et on va à Ostende. On fait les magasins, le Mercator, à quai. Les grands parlent « King » et « Barque à Jack », on hume le marché aux poissons, on goûte à l'anguille fumée – qui vous bourrera jusqu'au soir, on suit la « malle » qui se bat dans le vent, on va manger une gaufre, une glace ou une crêpe, on flirte un peu, au bout de la jetée, on prend des photos, on va l'écrire, on va se souvenir. C'est l'âge heureux, c'est l'âge bête. C'est le temps du bonheur…

Et pas une seule fois, durant ces vacances-là, on n'est allé nager.
Les bouées sont restées bien tranquilles, les sauveteurs aussi.

Les parents peuvent revenir. Nos valises sont prêtes. Le porto est dans les verres, les cacahuètes, dans nos poches, « une menthe à l'eau s'il vous plaît ! » Le dîner est prêt, le dessert aussi, le café fume dans les filtres en argent.

On s'écrira, promis, juré. En attendant, mission accomplie, les vacances sont réussies. Et qui sait, peut-être reverrai-je mon pseudo « amoureux » aux prochaines vacances.

A la Toussaint, j'espère… Ou à Pâques. Ou...

Où lire Pivoine

Vegas - Les repères maritimes

Ça paraissait pourtant simple (suite)

Ça paraissait pourtant simple, après nos péripéties pour récupérer l'appartement du beau-frère des Neymar mais il avait fallu que Germaine complique nos vacances; ça n'est quand même pas moi qui avais insisté pour faire cette sortie en mer au large de Brest malgré un vent panaché Force 4 à pas pouvoir se cramponner aux barreaux de l'échelle de Beaufort!

J'avais bien précisé à Germaine qu'en cas d'avarie grave elle devrait nager sans s'occuper de moi en gardant à sa gauche le phare du Petit Minou qui est au Nord et qui possède un secteur rouge signalant le plateau des Fillettes – comme disent les pêcheurs du coin en rigolant: Le Minou rougit quand il couvre les Fillettes, c'est facile à retenir, non ? – tout en gardant à sa droite le phare du Portzic qui fait face à la pointe des Espagnols – ne pas confondre avec le phare de Trafalgar qui est dans la baie de Cadix qui a des yeux de velours – et qui a un feu principal à secteur avec deux occultations et une périodicité de dix secondes – deux fois cinq – ainsi que deux feux scintillants blanc directionnels – l'un continu et l'autre avec six scintillations selon qu'elle barboterait au nord ou au sud du chenal, pas du cheval – et j'avais même ajouté pour la rassurer que le phare était automatisé et pas alimenté à l'huile végétale de grande surface comme on l'avait lu sur une notice pourrie datant de la Révolution et que de toute façon le point de mire c'était la Maison de l'Océan où le plateau de fruits de mer est une tuerie, une boucherie... enfin, plutôt une poissonnerie et qu'enfin elle évite de laisser tremper MA carte Gold trop longtemps à la baille à cause de la corrosion.

Ça paraissait pourtant simple et voilà qu'au moment délicat où j'embarque sur la dernière chaloupe, Madame me balance à la figure au risque de me faire tomber qu'elle ne sait pas nager...

Semaine du 4 au 10 septembre 2017 - Les repères maritimes

Nous savions d'avance que cela ne serait pas si simple d'entamer la rentrée, et nous craignons de vous avoir fait perdre le nord toute la semaine dernière.
C'est pourquoi nous choisissons de vous proposer à présent un thème photographique sur
 "Les repères maritimes"

 La bouée (crédit photo Tisseuse)

 Le phare (crédit photo Tisseuse)

Rêveries, pensées, ou nouvelles courtes...laissez-vous inspirer par ces deux photos, et livrez-nous votre texte, en vers ou en prose, d'ici dimanche 10 septembre 2017 minuit à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com.

dimanche 3 septembre 2017

Mel - Ça paraissait pourtant simple

Ca paraissait pourtant simple

Elle aimait écrire, et chaque semaine elle lui adressait une ou plusieurs lettres. Il les lisait, il se disait qu'il pourrait peut être y répondre mais il ne le faisait pas. Ca paraissait pourtant simple. Durant trois ans, les lettres arrivaient chez lui une à une, s'empilant, attendant une réaction. Non, il n'y répondrait pas. Il n'aimait pas assez les mots pour ça. Elle continuait ce non-échange, se répondant presque à elle même. Elle ne se fatiguerait jamais d'écrire. Elle entreprit trente huit ans après de relire toutes ces lettres entassées dans la boite, et elle vit se dérouler une partie de sa jeunesse, des faits qu'elle avait presque oubliés, des états d'âme, des hésitations, des joies, des peines, des rêves. Finalement, elle n'avait guère changé. Lui non plus, il n'aimait toujours pas écrire.

Tiniak - Ça paraissait pourtant simple

Ça paraissait pourtant simple, non ?
Sur le tableau, un coup de chiffon...
Sur le sol nu, cette serpe, hier
laissée, à dessein, ronger son fer
coupe, en sous-main, trois ou quatre joncs
défriche
un problème, réputé fortiche
tu le connais, c'est ton seul oubli
l'aveu qui te mande ici


C'eût pu paraître simple, sans
la chorégie des reniements
orchestrée par cet Œuvre au Noir
saturé de signes - c'te foire !
à la rentrée des sentiments
confus
s'interrogeant sur leur vertu
n'ayant d'yeux que pour la maîtresse


Ç'aurait passé pour déguen
mais tu as levé la main
enfantin, le doigt dressé
les yeux droits sur la question
petit con !
Tu t'es ouvert au massacre
L'ombre est désormais ton sacre


C'était facile, allez !
Pourquoi me massacrer
- tu sais, à la sortie ?
C'était du tout cuit
cette fantaisie
pour un mot d'esprit


Vilain théorème
Pauvre fort en thème
Ça, tu fais tes classes !
Va, reste à ta place
avec les petits...


Esprit !Esprit, tu m'as trahi !
Tu m'as trahi et à quel prix !
Tu m'as trahi... Point ! Je te hais !
Tableau Noir, qu'as-tu réveillé ?
Détresse maîtresse...
Maîtresse ? Traîtresse...!


Où recompter ses craies (do ?)... Là...

samedi 2 septembre 2017

Marité - Ça paraissait pourtant simple

L'herbe, le lait et le miel

- Allo Charlie ? C'est Lulu. Les vaches de Gérard sont sorties du pré. Ça urge. Viens m'aider et magne-toi.
- Pas possible ! Qu'est-ce qu'il a encore fabriqué ce con ?
- Arrive je te dis.
Lulu raccroche et se met à faire les cent pas dans la cour de sa ferme en se grattant la tête. Merde. Merde. Merde. Il ne manquait plus que ça.

Un quart d'heure plus tard Charlie déboule sur les chapeaux de roue au volant de son pick-up noir.
Lucien se précipite à sa rencontre, complètement affolé.
- Vite. Ne descends pas. Il faut aller au champ de maïs fissa.
- J'ai bien compris. Heureux encore qu'on ait trouvé cette astuce - les vaches - pour ne pas se faire repérer. Tu te rappelles en 68 quand on hurlait "mort aux vaches" ? Mais raconte. Qu'est-ce qui se passe ?
- "Mort aux vaches". C'est bien le moment de rigoler. Ce Gérard, je n'ai jamais vu un imbécile pareil. Je t'avais bien dit qu'il ne fallait pas lui faire confiance.
Figure-toi qu'il est venu ici récupérer le matériel ce matin. Il m'a dit vouloir conditionner sa propre récolte. Il n'a même pas pris la peine de placer les ustensiles dans un sac et de le mettre dans son coffre. Il a tout balancé à l'arrière de sa voiture.
- Pas malin effectivement. Mais comment tu sais… ?
- Comment je sais ? Ce con m'a appelé sur son portable en rentrant chez lui. Au volant naturellement. Et paf : il est tombé sur les bleus pendant un contrôle routier sans doute. Qui l'ont arrêté bien sûr aussi sec. Il a eu juste le temps de me dire : les keufs. Voilà comment je sais. J'imagine facilement la suite. D'autant que sa femme m'a prévenu qu'il n'était pas rentré. Je suppose qu'ils l'ont placé en garde à vue.
- Ne nous affolons pas. Les bleus sont sûrement allés faire un tour chez lui. Il a juste quelques plants en pot et peut-être quelques têtes sèches en bocal. Rien de bien méchant.
- Les bleus ? Chez lui ? Tu penses bien qu'ils ont refilé le bébé aux stups. On est dans de beaux draps.
- Il ne nous vendra pas j'en suis certain. Il dira qu'il cultive pour sa conso personnelle. Voilà tout.
- Peut-être. Mais s'il leur prend l'envie de regarder de plus près son portable, ils risquent de venir faire un tour ici. Il faut tout arracher. Tout de suite.
- Tu es fou ? Tu penses que c'est avec le lait de nos Prim'Holtsein qu'on bouclera nos fins de mois ? On a bien besoin de ce petit plus. Au prix où la coop nous paye le lait...J'ai des gosses à nourrir moi.
- Tu préfères aller en taule ? Tu es complètement inconscient. Comme ton copain Gérard.
- Je ne comprends pas. C'était pourtant simple d'éviter les problèmes.
- Ça paraissait pourtant simple je te l'accorde. Il suffisait d'avoir un peu de jugeote. Mais Gérard n'a rien dans le citron. Je savais bien qu'un jour, il nous créerait des ennuis. Je te préviens : je ne veux plus le voir. Et j'arrête les conneries. Moi aussi, comme tu dis, j'ai des gosses à nourrir.
Si tu ne veux pas venir m'aider, tant pis. Je vais me débarrasser de cette merde. Tout de suite.

Au moment de partir vers son champ, Lucien s'arrête, interdit. Gérard sort de sa voiture tout sourire.
Lucien fonce sur lui, les poings en avant, prêt à lui donner une leçon.
- Qu'est-ce que tu fous ici ? Barre-toi avant que je te démolisse.
- Ho ! Ho ! Tout doux. Pas la peine de te mettre dans cet état. Qu'est-ce que j'ai fait ?
- Il me demande ce qu'il a fait. Franchement, ça dépasse les bornes. Tu t'es fait arrêter non ?
- Ben oui. Parce que je téléphonais au volant. Un zélé a remarqué la balance de précision sur le siège arrière et surtout la matière brunâtre qui la souillait. Il m'a demandé des explications. Vous me connaissez : filou comme pas deux, je lui ai dit que je venais de mettre du miel en pot. Ils m'ont laissé filer.
- Ben voyons. Finalement tu as failli être donné par ta balance ironise Charlie plutôt soulagé.

Stouf - Ça paraissait pourtant simple

Ça paraissait pourtant simple.

Elle était belle et moi aussi, elle m'aimait, et moi à la folie.
Tous nos réveils du matin étaient aussi beaux que celui du matin d'avant et que celui du lendemain. Le reste de la journée était si merveilleux qu'un mardi… je lui demandai solennellement, ou peut-être était-ce elle :
-Mon amour, tu m’aimes vraiment ?
-Absolument, terriblement, sans aucune concession, cela est terrible !
-C'est dingue… moi aussi !
Cet interlude ne dura que quelques secondes et nous fîmes l'amour physiquement durant plus de trois heures.
Nos doigts effleuraient nos corps, nos bouches et nos yeux étaient à l'unisson de nos peaux et nos sens tout entiers… complètement ahuris de plaisir.
Nous étions fous, simplement humains et il se passa alors une chose tout à fait incroyable.

Cela dura ainsi toute notre vie !

mercredi 30 août 2017

Lilousoleil - ça paraissait pourtant simple

Mode d'emploi universel

« M’enfin Lili ça paraissait pourtant simple.

Si tu avais lu la notice Kikia jusqu’au bout, tu aurais réussi à  aboucher le machin sur le truc puis mettre le bidule sur le teuteu. Il suffisait ensuite de choser le machin et de tirer sur la bitonio  pour que tout soit opérationnel ; seulement voilà comme toujours  tu sais toujours tout et à jeter les explications comme ta chemise par-dessus les moulins,  tu as fait l’inverse : machiner avant d’aboucher le zinzin ; résultat :   le truc branle au manche tout déguenillé,   et tout le reste est en cuchon avec le saint frusquin ! » CQFD

Andiamo - Ça paraissait pourtant simple

Sidonie.

Ça paraissait pourtant simple, un anniversaire pensez donc...

Soixante ans, la retraite, ça se glorifie, c’est une date importante, et puis notre chère Sidonie le méritait bien.
C’est ce que pensait Valérie en préparant la liste des gens qu’elle allait inviter afin de célébrer l’évènement.
Tout d’abord les quatre enfants, Éric, Liliane, Michel, ainsi que leurs conjoints et enfants. Puis elle, la benjamine Valérie, trente-cinq ans aux prunes !
La plus jeune certes, mais aussi la plus débrouillarde, toujours prête à faire la « TEUF ». Il faudrait faire appel aux comptes en banque de chacun. Car, pour que la surprise soit totale, les services d’un traiteur seraient nécessaires afin de ménager l’effet de surprise.
En effet, les préparatifs d’un pareil repas risqueraient de mettre la puce à l’oreille de leur chère Maman.
Trouver un établissement à la hauteur, près de ce petit village non loin d’Avallon, perché sur une colline verdoyante qui dominait la campagne environnante, ne fut pas chose facile. A force de persévérance, elle finit par tomber d’accord avec la très sérieuse maison : M. & P. Tachard, traiteurs de qualité. Ayant pignon sur rue dans la très jolie ville d’Auxerre, célèbre pour sa cathédrale Saint Étienne et son abbaye Saint Germain, cette dernière se reflétant dans les eaux de l’Yonne.
Certains membres de la fratrie s’étaient un peu fait tirer l’oreille quand Valérie avait annoncé le montant de l’éco participatif, mais à force de sourires et de persuasion, elle y était parvenue.
Tous et toutes avaient une bonne situation : l’aîné Éric était garagiste. Muni d’un C.A.P de mécanicien automobile, à force de travail, il avait réussi à s’installer à Joigny. Aidé en cela par son épouse, leur affaire marchait plutôt très bien.
Liliane, modeste employée de banque à ses débuts, avait suivi des formations internes au groupe. Aujourd’hui, elle était responsable d’agence à Auxerre.
Michel, celui que l’on appelait « le glandeur », avait ouvert un salon de coiffure à Fontainebleau, et sa clientèle lui rapportait « gros », disait-on.
Quant à Valérie, la petite dernière, elle s’était montrée douée pour les études, aussi avait-elle suivi des études de médecine. Pour cela, elle était « montée » à Paris. Les études longues, plus l’hébergement dans la capitale coûtaient cher, la famille avait été solidaire, et chacun selon ses moyens avait contribué à aider financièrement… Belle réussite au bout du compte.

Sidonie était très fière de la réussite de ses enfants et répétait à l’envi à qui voulait l’entendre qu’à force de persévérance, une bonne éducation, des règles de vie, tout le monde avait sa chance… Pour preuve MES enfants !
Elle insistait beaucoup sur le « MES », car Charles son mari était parti un beau matin, afin de se rendre soi-disant au boulot. Une place de chauffeur routier, aux « routiers réunis », la très sérieuse entreprise de transports d’Avallon… Et depuis nul ne l’avait revu.
Tout le village l’avait traité de salaud, abandonner ainsi une brave femme, mère de trois enfants avec de surcroît la promesse d’un quatrième dans son ventre déjà bien rond… Quelle infamie ! Surtout que son Charles était un rapide de la gâchette. Elle l’avait épousé à dix-huit ans, à vingt-cinq ans elle attendait déjà son quatrième enfant !
- Mais quelle ordure ! concluait-on chaque fois que l’on évoquait ce pourri de Charles.

Juin approchait, la fête avait été fixée au deuxième dimanche de ce mois béni qui, soixante ans plus tôt, le 17 exactement, avait vu la naissance de Sidonie.
Quasiment tout le village avait été invité, à l’exception de quelques « veaux » comme les nommaient Sidonie. Qui, pour une clôture mal placée ou une gouttière déversant dans leur jardin, lui avaient cherché des misères !
Quatre-vingt-dix invités au bas mot. Pour être une belle fête, ça allait être une belle fête ! Recommandations avaient été faites à chacun : "motus et bouche cousue, la surprise devait être totale" !
Les enfants, leurs conjoints, ainsi que leur progéniture étaient arrivés le samedi dans l’après-midi, au motif :
- Nous irons au restaurant afin de fêter ton anniversaire.
Sidonie avait bien un peu protesté :
- Gardez vos sous, je n’ai point besoin de ça, achetez-vous des choses utiles, moi maintenant… Rien n’y avait fait, les enfants avaient tenu bon.
- Comme il vous plaira, avait-elle fini par concéder.
Le dimanche matin, et afin d’éloigner Sidonie de chez elle, on décida d’aller à la grand-messe à Avallon, en l’église Saint Lazare.
- Ah ! Bonne idée, avait souri Sidonie, on achètera des gâteaux chez Fouchaud, et on les mangera pour quatre heures, c’est moi qui régale !
- Mais non m’man, avaient rétorqué en chœur les quatre enfants, ça n’est pas la peine ! On va bien manger au resto, on sortira tard de table, personne n’aura faim !
- Tsé tsé tsé, j’y tiens ! avait-elle rétorqué.
Peu de temps après leur départ pour la grand-messe, un énorme camion à l’enseigne de la maison « Tachard », lettres bordeaux peintes en « ronde » sur fond gris perle, du plus chic effet, s’était garé devant la grille du joli jardin, faisant face à la maison.
Une armée de serveurs pas encore en tenue avait débarqué, sorti les barnums, les tables pliantes ainsi que les chaises en velours bleu roi, et disposé le tout en un temps record ! Le repas maintenu au chaud dans des containers appropriés avait été débarqué, puis les plats alignés sous un autre barnum en attendant les convives.  Les jolies nappes blanches, les couverts ainsi que les verres étaient disposés.
Par petits groupes, les invités étaient arrivés, se rangeant presque au garde-à-vous, après le coup de téléphone discret envoyé au maire Monsieur Feuillette depuis le portable de Valérie, l’avertissant de l’arrivée imminente de la reine de la fête.
Un dernier virage, la « Velsatis » d’Eric se range devant le petit mur de pierres sèches. Preste, Sidonie est sortie la première, elle lève les yeux, pousse un petit "OH !", puis fond en larmes, tandis que tout le village entonne :

Joyeux anniversaire !
Joyeux anniversaire, Sidonie !
Joyeux anniversaire !

Ses enfants et petits-enfants l’encadrent tandis qu’elle s’avance lentement, en épongeant ses yeux avec un petit mouchoir de percale.
- Merci, merci à tous, je suis émue.
- Vive zémue ! ne peut s’empêcher de lancer Fernand le cantonnier.
Le repas est à la hauteur de l’évènement : foie gras, saumon, cailles aux raisins, cochon de lait, les fromages, et… Pièce montée. Coté vins, le Châblis était présent, région oblige, ainsi que les bourgognes.
Le joli paquet de gâteaux de la très sérieuse maison « Fouchaud » est resté au réfrigérateur bien sûr !
Le café dans les tasses, le cognac trône au milieu des tables. Le maire, Monsieur Feuillette, le visage un peu cramoisi, se lève, desserre sa cravate et, d’une voix un peu pâteuse, lit le compliment écrit par la secrétaire de mairie. Bien sûr, le discours est élogieux, vantant la vie exemplaire de cette femme qui, seule, a élevé ses quatre enfants, qui sont aujourd’hui la fierté du village. On remercie abondamment cette ancienne et fidèle employée des postes.
Quarante-six ans au service de la population du village, et n’oublions pas son action au sein du conseil municipal, son dévouement, la part importante qu’elle tenait et tient toujours au sein du comité des fêtes de notre village.
- Tu ne t’attendais pas à celle-ci, hein, Sido ? ajoute-t-il.
On applaudit à tout rompre, visages tournés vers Sidonie. Alors Monsieur Feuillette lève la main afin réclamer le silence.
- Sidonie… Tout le conseil municipal à l’unanimité, ainsi que moi-même, avons décidé de t’offrir un symbole fort !
Il se tourne alors vers le portillon du jardin, deux hommes costauds entrent, ils portent un grand bac dans lequel se dresse un chêne de belle taille.
- Nous allons tous planter ce chêne en souhaitant, chère Sidonie, que d’ici à soixante ans on puisse tous encore pisser le long de son tronc !
Énorme éclat de rire de l’assistance. Sidonie essuie encore ses yeux, mais ce sont des larmes provoquées par le rire cette fois.
Les deux « costauds » se sont approchés du muret séparant le jardin de celui de son voisin, puis ils sont allés dans la remise et en sont revenus avec deux bêches et une pioche.
- Vous n’allez pas le planter là ?
- Si, c’est le meilleur endroit, ainsi tu pourras le voir grandir depuis ton salon !
- Mais, mais…
La pioche s’est enfoncée plusieurs fois dans la terre grasse, puis les bêches sont entrées en action, chacune à tour de rôle, bien synchronisées. Soudain Victor enfonce à nouveau sa bêche, celle-ci émet un bruit sec.
- Putain, un caillou !
- Allons Victor ! lâche le maire.
L’homme s’est penché, farfouille dans le trou, puis en ressort un os très long, il le brandit, le tourne dans tous les sens.
- C’est quoi ce truc ?
Valérie s’est approchée, retire l’os des mains de Victor, l’examine à son tour :
- On dirait… On dirait un fémur, murmure-t-elle en se tournant vers sa mère.
- Décidément, ce Charles, il m’aura toujours emmerdé, répond Sidonie en balayant du regard toute l’assemblée.
Pour une belle fête, ça aurait pu être une belle fête, ça paraissait tellement simple.

mardi 29 août 2017

Laura Vanel-Coytte - Ça paraissait pourtant simple

Ça paraissait pourtant simple d'écrire un poème à partir d'un thème, une phrase
Il suffisait d'aligner les mots pour en faire un vers, des vers qui deviendraient une strophe.
Ça paraissait simple d'utiliser de belles images, des symboles voire une métaphore
Filée: ce serait un paysage avec un arrière et un premier plan, des personnages mais secondaires.

Ça paraissait pourtant simple: exprimer son ressenti, ses idées si possible avec des rimes.
Mêmes pauvres, même misérables, les rimes font le poème, la poésie et le poète.
Ça paraissait pourtant simple même rien ne venait, sauf des mots banals sans rimes,
Ni queue, ni tête: ses idées partaient en quenouilles, ses émotions paraissaient sans âme.

Ça paraissait pourtant simple d'écrire: un papier, des crayons ou une belle plume
Mais quand l'inspiration ne vient pas, c'est l'angoisse des cadors: de la page blanche
Ça paraissait pourtant simple mais à quoi bon parler pour ne rien dire ?
Tenter plutôt de clore comme il faut ces quelques lignes: un sourire d'excuse.

Où lire Laura Vanel-Coytte

lundi 28 août 2017

Vegas sur sarthe - Ça paraissait pourtant simple

Pourquoi faire simple...

Ça paraissait pourtant simple, il suffisait de passer chercher la clé de l'appart de notre voisin de palier – celle avec un porteclé en forme de Venus de Milo mais avec les bras – chez la nièce de la concierge puisque cette dernière s'autorise à prendre des vacances à la Baule ou plus précisément à Pornichet ce qui ne change rien pour la Venus avec les bras , de passer par le balcon du voisin pour atteindre la chambre de bonne des Couillard – pas les vieux Couillard qui sont maintenant en maison de retraite mais les plus jeunes, enfin les moins vieux – pour récupérer leur clé de boîte aux lettres – celle avec un porteclé en forme de victoire de Samothrace mais sans les ailes – et qui ouvre aussi le local technique à l'entresol de l'immeuble, là où j'ai inscrit à la craie, à l'envers et en chiffres romains (sauf les lettres) le code du digicode de l'endroit où on peut aller dormir cette nuit en attendant que se libère le duplex du beau-frère des Neymar – pas le footballeur mais Jean Neymar le droguiste de la rue des Martyrs – sauf que le matelas pneumatique a été fauché par un squatteur indélicat et qu'il faut récupérer au passage celui de la chambre de bonne des Couillard et prévoir des rustines parce qu'il aurait parait-il une fuite – pas le vieux Couillard mais le matelas, quoi que – et surtout prévenir l'étudiant qui loue la chambre de bonne afin qu'il ne cherche pas ledit matelas pneumatique et qu'il peut à la rigueur puisqu'on est samedi aller dormir chez la nana du sixième qui en a dépanné plus d'un – pas un matelas pneumatique mais un étudiant – bien qu'elle sache aussi coller les rustines puisqu'elle bosse chez Neymar – pas le footballeur malheureusement mais Jean Neymar le droguiste de la rue des Martyrs dont j'ai déjà parlé pour que les choses soient claires – et qu'elle ne bosse pas le samedi ce qui tombe au poil!

Ça paraissait pourtant simple mais au lieu de ça, Madame se permet d'aller agresser le neveu de la concierge au prétexte qu'il ne comprend rien à cette histoire de clé, de rustines et de footballeur au point de devoir l'accompagner au CHU à l'autre bout de la ville pour quelques maigres points de suture et revient bredouille en osant prétendre qu'on n'est pas samedi?
On n'est peut-être pas samedi... et alors ?

Semaine du 28 août au 3 septembre 2017 - Ça paraissait pourtant simple

C'est bientôt la rentrée des écoliers et la rentrée littéraire, mais pour Les Impromptus c'est la rentrée maintenant :)
Énoncé ainsi, cela semble simple, et pourtant, peut-être que pour certains d'entre nous ça ne l'est pas tant que ça...
Nous avons donc décidé d'entamer cette nouvelle saison avec un thème proposé par Bricabrac :
Ça paraissait pourtant simple.

Qu'il soit en vers ou en prose, vous devrez nous faire parvenir votre texte avant dimanche 3 septembre à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com, afin qu'il soit publié.

Alors, à vos stylos, claviers, tablettes, téléphones...et bonne rentrée !