lundi 11 juillet 2016

Fred Mili - Des pieds et des mots

C'était un sale abordage, le vice-amiral qui sortait de l'école militaire avait sa merguez qui flottait dans son froc.
Il battait des pieds sur le pont.
Le vide-pomme à la main il taillait le fruit défendu quand les premiers boulets firent des trous dans la coque.
L'école  militaire ne l'avait pas préparé à cela.  
L’assaut fut rude et impromptu.
Bidule, sa fière goélette prit l'eau.
Les matriochkas et les chrysanthèmes dont il faisait le marché noir flottaient autour de lui.
Trop tard pour lui de faire son acte de contrition.   


dimanche 10 juillet 2016

Semaine du 11 au 17 juillet 2016 - Des pieds et des mots

La semaine dernière vous avez trouvé des pierres sous vos pieds.

Cette semaine vous y trouverez aussi un bidule, un vide-pomme, un chrysanthème, une matriochka, une merguez, un froc et un vice-amiral.

Avec les
pieds ce sont 8 mots qu'il vous faudra placer dans le texte que vous nous ferez parvenir avant dimanche soir minuit à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com.

Mia Racine - Le temps de vivre

Gouine

Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres
Je venais de lui dire que j'étais gouine
J'ai ramassé son cœur à la serpillière

J'aurais pu encore faire semblant
Ouvrir les jambes avec des mots fuyants
Mais mon propre désert
Aurait bien fini par me trahir

Ma vie se doit d'être plus qu'une série de haut-le-cœur
Je veux dans mon lit des filles de toutes les couleurs
Je l'ai laissé partir le sexe à l'air
Alors que le pauvre espérait se satisfaire

samedi 9 juillet 2016

Célestine - Le temps de vivre



 Il a dévalé la colline. Ses pieds faisaient rouler les pierres. Boudi ! Il en a jamais vu autant !
Sur le Garlaban, comme sur toute la Provence, les pierres sont reines, elles constituent le paysage, elles en sont l’essence même, elles poussent pendant la nuit et vous font au matin de méchants crocs-en-jambe, quand elles ne vous démantibulent pas les souliers en vous ouvrant de grosses brèches dans la semelle pour mieux blesser vos pieds. Pécaïre, elles sont douées de la volonté de nuire, c’est certain !

Sa tête est en feu, comme le soleil qui brûle déjà ce matin l’âpre pays, mais Gaspard n’en a cure. Il a laissé Marie, là-haut, sur le plateau désolé et rebroussé par le mistral, parmi les maigres herbes et les chardons si acérés que même les ânes hésitent à les manger. Marie, le corps déchiré, la jupe trempée, le front étoilé de perles salées. Sa Marie qui pleure immobile et sans bruit, et puis qui râle comme une biche aux abois.
Il l’a laissée seule avec les mouches bleues et les chèvres à la robe cuivrée, et des espigaous plein ses cheveux dorés.
Sur la colline, le temps est figé dans l’air brûlant et ancestral de la garrigue, qui vibre de cigales, d’arbouses et de pins. Mais lui, il en a déjà perdu trop,  du temps. Il pense à Marie, il gémit de douleur essoufflée, il entre en trombe dans la première maison du village, et crie avec une voix de tarasque : «  Docteur ! Venez vite ! Bonne mère du ciel ! Ma petite …Vite vite !
- Gaspard ! fan des pieds ! Tu m’as fait peur, bournefigue ! Mais qu’est-ce y se passe ? Tu vois pas que c’est l’heure du pastis ?
- Mais docteur, vite…vite… ô fatche de…
- Mais quoi, tu accouches à la fin !
- Justement, c’est Marie…elle a fait… les eaux…
- Ô teste d’aï ! Tu pouvais pas le dire plus tôt ! Allez, faï tira, sinon ta galine, elle va nous le faire sans nous, ce petit ! 

vendredi 8 juillet 2016

Pascal - Le temps de vivre



La Golden Oil Well 

« Il a dévalé la colline. Ses pieds faisaient rouler des pierres. C’est comme je vous le dis, monsieur le journaliste interviewer ! Il est passé devant moi avec le diable aux trousses ! Il surfait sur les cailloux tant il dégringolait !... Ce n’était pas dans ses usages, à Purdy mac Dohell, toute cette débauche de gesticulation, en dehors de ses travaux d’excavation. Alors, je me suis dit : mon vieux Jock Ewing, ça c’est louche ; le Purdy mac Dohell, il est tombé sur quelque chose de pas ordinaire…

Ouaip, au temps de la ruée vers l’or, il s’est installé sur ce maudit plateau avec sa tente, sa mule, son tamis et sa pelle, et il a fait son trou comme les autres. Mais il n’y avait que de la caillasse par ici ! A peine de quoi aller se rincer le gosier chez la belle Miss Ellie ! Juste un peu de joncaille, un peu de verroterie, pour ne pas crever de faim ! Ce qui nous fait vivre, nous, c’est chercher ! Elle est là, notre mine insolente qui brille son trésor inestimable, dans notre tête malade ! Elle y prend toute la place et quand on transpire, c’est toujours la fièvre de l’or ! Et plus on creuse, et plus notre cervelle se liquéfie ! C’est cette obstination, cet espoir de tomber enfin sur le filon, le King size, le mahousse, le jackpot, celui qui nous rendra milliardaire ! C’est ça qui nous tue à la tâche ! Nous sommes comme des joueurs de poker ! On mise sans relâche, sur le tapis de la Chance, notre vie contre la fortune ! Mes mains n’étaient que cales, crevasses, ampoules !...  

Comment ?... D’où venait-il ? De l’Ohio ou bien du Vermont, voire du Kentucky, que sais-je ? Personne, ici, n’a de passé ; on ne mise que sur l’avenir. Alors, d’ici ou de là, c’est bien égal. Comprenez ! On était tous au Texas pour se refaire !...  
Que faisait-il avant ?... Tu ne sembles pas comprendre, monsieur le biographe. Il était peut-être tricheur de tables de jeux dans le Missouri, pilleur de banques dans l’Oregon, dévaliseur de diligences dans le Montana ou voleur de bétail dans le Dakota, ou pêcheur sur le Mississippi, ou sudiste en Alabama, ou businessman dans le Delaware… Tu piges le topo ? On veut remonter la pente ; on devient prospecteur ! On veut notre part du gâteau, on veut croquer dedans et éblouir les autres avec les miettes !...
Lui, il la dévalait, plutôt…

D’habitude, quand il passait devant mon bivouac, pour descendre en ville, il me balançait toujours un petit salut, avec le sourcil froncé et deux doigts au coin de son chapeau, un peu comme s’il était le propriétaire des lieux. Il me regardait de haut, Purdy ; c’est parce que sa mine était au-dessus de la mienne, qu’il se la jouait grand seigneur. Sa maigre parcelle, il l’appelait pompeusement sa Golden Mine. C’était le jeu habituel entre nous ; moi, je lui renvoyais quelques sarcasmes du genre : « Hé, Purdy, où descends-tu comme ça ?... T’as encore rendez-vous avec la belle Miss Ellie ?... T’es pas assez riche ! Elle va t’engloutir tes dernières pépites ! Bois pas tout le whisky du saloon !...

Là, il fonçait trop vite !... « Hé, Purdy, tu pourrais dire bonjour ! T’as déterré un nœud de crotales ?... T’es tombé sur le squelette d’un chef indien ?... T’as trouvé le magot à Billy the… » mais il était déjà au fin fond de la ravine !...

Dans un souffle, il m’a réclamé des tuyaux ! Lui qui ne demande jamais rien, « Hé, Purdy, c’est pour le tiercé de ce dimanche ? Des conseils pour canaliser la belle Miss Ellie ? T’as l’intention d’installer l’arrosage devant ta mine ?... Tu vas enfin prendre une douche ?... » Il m’a crié d’arrêter de fumer parce que c’était dangereux !... « Hé Purdy, t’as peur pour mes poumons ? Ha, ha ! Il y a tellement de poussière dedans que même le cancer, il ne trouve pas sa place ! Arrête tes blagues ! C’est un mégot que je remâche depuis l’aube et je suce les derniers grains de tabac à l’intérieur !... Remonte et viens boire un café ; tu me raconteras tes problèmes ! L’écho de la montagne renvoyait mes paroles comme si je criais dans un porte-voix…

Tout à coup, l’or noir a giclé de la Golden Mine ! Une véritable cascade de pétrole, à la fois liquide et visqueuse, brûlante et glacée ! Ma clope encore rouge m’en est tombée du bec, juste dans le caniveau de pierres qui courait jusqu’à Purdy ! Tout a pris feu ! C’était les flammes de l’Enfer qui le poursuivaient ! Oui, monsieur le journaliste, il est mort comme cela, en spectacle sons et lumières, immolé par sa mine au moment du terminus de sa misère. Et comme par enchantement, la source de pétrole s’est tarie ; ce n’était qu’une modeste poche… On l’a enterré dans sa mine qu’on a renommée la Golden Oil Well. Oui, sa concession, maintenant, il l’a à perpétuité…

Et vous savez ce qu’a fait le vieux Jock, monsieur le journaliste ? Et bien, avec mes dernières économies, je suis allé acheter des planches, des tuyaux et des vannes et j’ai monté un derrick. Très vite, je suis tombé sur une immense nappe de mazout digne d’alimenter toutes les voitures de l’Amérique ; j’ai construit plein de derricks et j’ai bâti une ville : Dallas. Je suis milliardaire et j’ai arrêté de fumer ; tout ça grâce à Purdy mac Dohell. Je me souviens encore quand il a dévalé la colline ; ses pieds faisaient rouler des pierres… Ma chère et tendre pourra vous confirmer tous mes dires : « Chérie ?... Chérie ?... C’est le journaliste qui rédige ma biographie ! Raconte-lui, les débuts, Purdy et sa mine !... » Mais non, Miss Ellie, je n’ai pas fait exprès avec mon mégot… Mais non, je n’étais pas jaloux… Que vas-tu donc inventer là… Repose donc cette bouteille de whisky... »


jeudi 7 juillet 2016

Zoz - Le temps de vivre

~ Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres
les bras grands ouverts
enfin pour lui ce coin de terre
ce vent fou chargé d'été
ce temps arrêté
ce ciel sans frontières
brûler épuiser
épouser un par un ces jours de lumière ..

Tisseuse - Le temps de vivre

Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres
Il ne sentait plus la fatigue
Des sombres années qui l’enserrent

Il n’avait plus d’âge à cette heure
Juste encore un peu de courage
Et d’envie de prendre le large
Ont brisé la morne torpeur

Trop vieux il n’avait rien vécu
Il s’en rendait compte à présent
Il fonctionnait dans la routine
Du labeur et du convenu

Parviendrait-il à la rejoindre
Lui montrer une seule fois
Qu’il pouvait  l’aimer même mal
Son cœur écorché mis à nu

Quelques soient les plaies et les bosses
Il espérait qu’elle put le voir
Comme jadis elle le voyait
Vaillant, loyal et plein de force

Il ne l’entendait pas alors
De cette oreille positive
Et l’avait tenu à distance
Lui qui se pensait sans attrait

Se cachant derrière les contraintes
Les empêchements et les craintes
Il l’avait vu partir lassée
Montrant leur amour dépassé

Rien ne semblait avoir changé
Mais plus terne encore il allait
Comme un robot il avançait
Sans joie ni peine il vivait

Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres
Il espérait la retrouver
Enfin l’aimer de son vivant

mercredi 6 juillet 2016

Emma - Le temps de vivre

Enigme.

Il a dévalé la colline, ses pieds faisaient rouler les pierres.
Nu.
Avec Mozart ...

Et depuis il crie !

Réponse à l'énigme
Où lire Emma

Lorraine - Le temps de vivre

LA FUITE

Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler les pierres
Il fuyait la belle Adeline
Et il enjamba la barrière

Là-haut chantaient les mandolines
Célébrant comme une prière
Les parfums et les mousselines
De la trop belle aventurière

Dans son tutu de ballerine
Dansant sous l’œil des douairières
Elle ensorcelait, la féline
Hobereaux, barons et notaires

Qui lui offrît la zibeline
Et ces bijoux pleins de lumière ?
La nuit descendait, sibylline
Il mit son cœur en bandoulière

Adieu, perfide Messaline
Et si au bord de ma paupière
Perle une larme cristalline
Sois en sûre : c’est la dernière.

mardi 5 juillet 2016

L'Arpenteur d'étoiles - Le temps de vivre

Iconoclastie

Il a dévalé la colline. Ses pieds faisaient rouler des pierres.
Il s’arrêta, légèrement essoufflé et commença à réfléchir à haute voix :

- Il est gentil l’autre là avec ses cornes. Il me balance sur une montagne, me montre des trucs pas croyables que j’en suis encore tout rouge de confusion et puis il se barre, cool, tranquille comme Baptiste … enfin, c’est une façon de parler.
En vérité je vous le dis,  il m'a vraiment tenté, mais j'ai su résister ... Yesss !!

Bon je dois résumer la situation : je suis en plein désert, pas un chameau à l’horizon. Mon Père, faut pas en parler, à cette heure là il doit être à l’apéro avec les membres du club des créateurs dépressifs … va falloir que je me débrouille tout seul … encore une fois !!!

J’avais bien fait un peu de trigo à la Star’Ac … c’est le nom de l’école sup’ là-haut … ça fait une paye mais j’ai une bonne mémoire paraît-il … Donc, une sérieuse triangulation, une étoile qui tient la route, je trace les vecteurs … c’est facile dans le sable, je vous dis pas … le nord géographique il doit être par là … je vérifie les azimuts … Tiens ça me fait penser à l’autre cornu : bien azimuté le gonze ! Enfin, je peux rien dire, c’est un ex pote au dabe !

Logiquement, là en bas de cette fichue montagne, un poil à gauche, je devrais retrouver la route des caravaniers. Je vais y aller à pied, tiens, ça me videra la tête. Avant, on sait jamais, je vais jeter un coup d’œil sur mon programme au cas où il y ait une vague indication. De toute façon j’ai largement le temps … La vache, il m’a pas raté le très haut, surtout sur la fin … Et puis, toujours pas un mot, que dalle ; il le sait pourtant que je suis paumé. Hé ho, Eli, Eli lama sabachthani, c’est pas pour maintenant, mais on peut rêver, non ? … De toute façon, répondra pas, alors …
… / …
Et zut, encore raté … mais c’est par où la sortie nom de Lui … Ah ben tiens, la mer. C’est pas Tibériade, je reconnaîtrai, le Jourdain non plus c’est trop large. Ce doit être la Mer rouge … Il m’a vraiment emmené au diable, l’autre …

Ben va falloir que j’en fasse le tour. Je vais pas marcher sur l’eau tout de même, hein …
Quoique … ce sera ma meilleure façon de prendre le temps de vivre.


Laura Vanel-Coytte - Le temps de vivre

Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres
Le Dieu de l'Eau crée des ravines
Entre ciel et terre.
Poséidon  est très en colère
Et  sa fureur est bien marine.
Neptune  rage et accélère
Secouant  l'une des sept collines
D'Istanbul, Rome ou St Etienne.
Il ne manque que le feu
A ce paysage apocalyptique.
Le feu du ciel, Héphaïstos
Aux éclairs mêlant Thanatos
Et Eros: pulsion de mort
Et de vie, l'eau vive
Et l'eau  qui tue sur son passage
Emportant pierres et hommes.

Marité - Le temps de vivre

Libre.

Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres.
Dans une poussée d'adrénaline
Il a franchi le mur de fils de fer.

Il sait qu'il vient de l'enfer
Mais il ignore où le mènent ses pas.
Qu'importe. Tout cela l'indiffère
Pourvu qu'il fuie tous les combats.

Il est sorti des griffes d'Al-Qaïda
Pour gagner sa liberté au goût de sel.
Il est heureux et triste, l'enfant-soldat.
Dans son sang coulent la peur et le miel.

Il a laissé les sables chauds du Sahel
Les jacarandas et les caresses de sa mère.
Il cherche une autre vie sous un autre ciel
Il veut grandir ailleurs, sur une autre terre.

Il serre dans son poing le chapelet de prières
Qu'il a emporté avec lui comme un talisman.
Dans un petit sac gris, pendu en bandoulière
Juste quelques souvenirs et peu de vêtements.

Dans ses yeux fiévreux brillent ses anciens tourments
Mais il avance sur la route, ivre de sa nouvelle liberté.
Il avance, résolu et  plein d'espoir, l'homme-enfant.
Où qu'il aille, il saura comment faire pour l'apprivoiser.

lundi 4 juillet 2016

Fred Mili - Le temps de vivre

"Il a dévalé la colline, Ses pieds faisaient rouler des pierres"
Comme un fou.
Il l'a vue de loin, persuadé que c'était elle. Les cailloux dégringolent sous ses chaussures. Il garde l'équilibre malgré tout. Comme un pantin désarticulé.
Il a un type de femme. Elle correspond. Il en est sûr.
Ses montagnes il les connaît, c'est sa vie. Il attend depuis longtemps celle qui partagera avec lui les matins brumeux ou les soleils se levant derrière le massif. Plus il se rapproche d'elle plus son cœur bat. L'effort ou le coup de foudre.
Elle a entre ses lèvres un lis orangé qui rehausse son teint halé. Elle marche d'un bon pas, le pied sûr. Ses jambes sont bronzées pour ce qu'il en voit. Les pataugas foulent le sol, assurées. Le chapeau à large bord couvre une partie de son visage. Sereine elle tourne néanmoins la tête quand elle l'entend débouler.
Il ralentit son allure de peur du ridicule.
Elle sourit.
Il se sent bête.
Il transpire.
Elle aussi.
Le montagnard qui trouble sa quiétude, l'étonne. Elle le sent animal. Ses traits la troublent. Son visage buriné et pourtant agréable la fascine. Il a l'air gentil. Presque beau.
Il la regarde de ses yeux vert, perturbé. En équilibre sur le sentier pentu. Il est en contrejour, le soleil l'aveugle. Il semble immense. Taillé dans le roc.
Lui ne sait pas quoi dire. Il ne dit rien d'ailleurs.
Elle sort sa gourde et lui tend. La sueur dégouline sur son visage. Il est beau en fait. Il ôte son chapeau et d'un revers de bras s’essuie le front. Elle devine ses muscles sous les manches de sa chemisette.
Il boit sans la quitter des yeux.
Elle ne parle pas non plus. Elle observe.
Il ne sait pas quoi dire, sa langue collée au palais. Seuls ses yeux vifs trahissent son émoi.
Elle réfléchit à cent à l'heure. Lui tourne le dos et reprend sa marche.
Il lui emboîte le pas, se rapproche d'elle quand le sentier le permet.
Ils marchent du même pas.
Plus bas, il sait qu'il y a un trou d'eau dans lequel il est habitué à se rafraîchir. Il espère s'y plonger avec elle.
Il passe devant elle sans un mot. Pour la guider.
Elle s'accroche à son allure. Glisse les pieds dans les cailloux qu'il a foulés. Là où il a laissé son empreinte.
Le soleil les accable.
Elle regarde la sueur mouiller sa chemise. Elle respire ses effluves bestiales.
Le spectacle qu'elle découvre la séduit, le trou d'eau claire, limpide, transparente et la petite cascade l'émerveille.
Elle est inondée de sueur aussi et la baignoire impromptue l'appelle.
Elle le regarde enlever son sac à dos, déboutonner sa chemise puis mettre son torse à nu. Il baisse son short puis plonge la tête la première dans l'eau claire.
Elle a eu le temps de regarder chaque muscle de son corps. Quant au milieu de l'eau, elle le voit se trémousser puis jeter son dernier rempart sur la roche, près d'elle, ses pensées s'agitent.
Elle ne sait pas trop ce qu'elle doit faire. Pourtant elle déboutonne sa chemise, l'enlève. Son soutien-gorge blanc, simple, enserre sa poitrine. Elle descend son short à son tour.
Il ne nage plus. Il la contemple. L’œil désireux.
Elle dégrafe son carcan, lui exhibant ses seins blancs puis se jette à son tour dans l'eau froide.
Comme lui, dans l'eau, elle retire sa culotte qu'elle lance sur les pierres brûlées par le soleil.
Ils nagent ensemble, les fesses hors de l'eau, s'aspergent, s'effleurent, se collent l'un à l'autre, s'embrassent.
Pourtant… le sexe moussu qu'il sent contre lui, le réconforte.
Elle ne lui laisse pas le temps de réfléchir, l'embrasse à pleine bouche pour l'empêcher de se poser des questions inutiles.
Il se laisse faire, surpris par un baiser trop sensuel.
Elle mord ses lèvres, suce sa langue, aspire sa salive, touche sa poitrine, caresse sa virilité. Elle sent sa résistance s'effondrer.
Il n'a jamais été confronté à ce genre de situation. Après l'étonnement, le plaisir le submerge. Ses sens marchent au ralenti. Il la voit encore descendre la montagne. Il sent son cœur tambouriner dans sa poitrine.
Il succombe., s'enfonce dans la sensualité.
Plus tard, étalés au soleil, il lui propose de rencontrer ses parents le soir même.
"Je ne peux pas, réplique-t-elle, mon mari m'attend à la maison mais voyons-nous demain au même endroit."
Le douche froide a réduit ses ardeurs mais il sera encore là demain.

Vegas sur sarthe - Le temps de vivre

Cagouilles en brochette

Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres
En bas, dans le bois du père Martenot où il avait établi sa cabane une fumée montait droite comme un cierge pascal à Saint-Bénigne.
Quel sauvage osait faire du feu dans son fief en plein mois de juin?
A mi-chemin – si tant est qu'il y eut un chemin – il évita d'un bond une profonde rigole creusée par les dernières pluies mais ne vit pas une ronce qui l'envoya mordre la poussière d'un sournois croc-en-jambe.
“Vindiou” jura-t-il en frottant ses genoux couronnés et il reprit sa course en gambillant (boitant); il en avait vu d'autres comme cette fois où ceux de Verjus l'avaient rossé pour les avoir traités de beusenots.
Celui-là qui faisait du feu chez lui allait payer pour cette félonie.
Il s'arrêta un instant pour souffler, trouva à travers sa poche le contact rassurant du lance-pierre; dans la combe, c'est pas les pierres qui manquaient et il saurait en trouver de belles pour la tête du quéqué qui osait faire du feu sans sa permission...
Il en soupesa plusieurs qu'il garda en main, pas trop lourdes mais assez tranchantes pour apprendre les bonnes manières à ce busard !

Le busard était assis de dos devant un maigre feu de bois trop humide qui fumait comme dix sapeurs... il ne pouvait pas l'avoir entendu arriver.
Comme il bandait son lance-pierre en direction de la nuque échevelée, le busard tourna la tête. Ses longs cheveux blonds – pas comme les tignasses des gars de Verjus – encadraient un visage aux traits fins... il n'était pas de chez nous, peut-être un cul-terreux, un de la Saône-et-Loire ou de plus loin encore, un vrai étranger. Que faisait-il ici près de sa cabane à faire du feu?
Il n'eut pas le temps de questionner.
Le busard s'était redressé, un timide sourire aux lèvres et lui tendait quelque chose :”T'en veux une?”
Il désarma son lance-pierre pour prendre ce qui ressemblait aux tiges de sureau qu'il crapotait pour faire comme les adultes, mais là c'était une cigarette, une vraie.
L'autre lui tendit un briquet :”C'est un Zippo” dit le busard d'une voix fluette.
Il dévisagea l'étranger :”T'es pas d'ici... qu'est-ce que tu viens rebeuiller (fouiller) sur mes terres?”
Le busard ne quittait pas son petit sourire et le regard bleu acier s'était adouci.
Décidément il était trop chaponné (efféminé) pour un cul-terreux. Il faillit lui demander s'il était une fille mais il savait trop bien que si c'était faux il lui en cuirait et si c'était vrai il lui en cuirait aussi...
Il n'eut pas à prendre le risque.

“J'm'appelle Florentine mais t'as qu'à m'app'ler Flo” dit l'étrangère et elle ajouta :”Tu t'allumes tout seul ou j'viens r'prendre le Zippo moi-même?”
Malgré le sourire l'étrangère avait pas l'air de plaisanter.
Il alluma gauchement la vraie cigarette et en tira une vraie grosse bouffée d'homme en pouffant (toussotant).
”C'est la fumée de ta foutue fouillère” se défendit-il en lui rendant le Zippo “faut être tarée pour faire une fouillère (feu en plein air) en été! Et pis faut prendre du châtaignier ou du robinier bien sec... j'en ai une réserve là-bas”.
Flo eut un franc sourire :”Oh ça va! C'est juste pour faire cuire ma brochette de cornus”
Il chercha à voir à travers l'épaisse fumée :”Une brôchette de quoi?”
Flo désigna du doigt une tige noirâtre :”Des cornus... des cagouilles, quoi!”
Instinctivement il serra les pierres coupantes qu'il avait gardées en main :”Les cagnoles, où don qu'tu les as trouvées?”
“Dans la cabane, c'te blague” dit-elle sur un ton léger.
Il s'était cheurté (assis) lourdement et jeta sa cigarette dans le feu, le souffle coupé, le regard fixé sur le tiau charbouillé (baguette noircie) qui crâmait.
Cette embistrouilleuse venait d'incinérer sa meilleure équipe de cagnoles, une dream team classée première aux derniers championnats régionaux de Chassagne-Montrachet: Cinquante et un centimètres en moins de trois minutes, des jours et des semaines d'entraînement.
“Vindiou... Cré Vindiou” répéta-t-il en retenant un sanglot. Forcément, à c't'heure ses Helix pomatia allaient jarter (courir) bien moins vite.
Flo avait perdu son sourire :”Y'a un problème?”
Il aurait pu lui sauter à la gorge, lui hurler sa haîne, la pousser une bonne fois dans la fouillère. Il ne fit rien de tout ça.
Pour sûr y'avait un problème de taille. Une gouine qui crapotait des Craven A et allumait un feu de bois vert en plein été avait ruiné ses espoirs de gagner le championnat du monde de course de cagnoles... ceux de Verjus allaient en mourir de rire!
“T'as crevé mes championnes” chouina-t-il à l'instant où une soudaine rabasse (averse) s'abattait sur eux, un garot d'été qui les força à courir se réfugier dans la cahute.
Jusque là il n'avait eu ni le temps ni l'envie de reluquer l'intruse.
Il découvrait un minois picassé de nantilles (taches de rousseur) qui lui donnaient des airs
de poulbot, un minois mangé par deux quinquets bleu océan qui lui filaient le virot...
La rabasse n'avait pas eu le temps de les gauger (tremper) jusqu'aux os mais il devinait la poitrine naissante sous le mince tricot mouillé.
Il détourna la tête pour sortir d'un panier une fillette d'aligoté chipée dans la cave d'Oncle Hubert :”T'en veux un galopin?”
Flo éclata de rire :”C'est quoi un galopin? Un chenapan, comme toi?”
”C'est juste ça” dit-il en ramassant un verre.
Elle lui prit la bouteille des mains :”J'préfère boire au goulot”.
Il trouva qu'elle buvait bien, comme un mec en s'essuyant la bouche d'un revers de main et en rotant de plaisir.
Il but à son tour au goulot qu'elle venait de suçoter à l'instant et c'était bon.
Il rota à son tour.
“Vindiou, tu fais un sacré busard” trouva-t-il à dire pour tenter de dissiper sa gêne grandissante.
“T'es toujours fâché pour les cagouilles?” demanda-t-elle.
Il ne savait plus.
Dehors, un franc sulot (soleil) avait séché la rabasse mais il n'avait pas envie de bouger.
Il frotta ses genoux couronnés où le sang avait séché.
Flo l'interrogea du regard.
“Ton feu aura crevé” dit-il simplement.
L'homme ne vaut rien. La femme pas grand chose, mais l'un et l'autre font le monde disait souvent Oncle Hubert aux veillées de famille...
C'était ben vrai

Chri - Le temps de vivre

L’enfant heureux.

Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres.
Il riait comme tout un enfant heureux de vivre, d’imaginer que le monde lui appartient et que l’avenir l’attend. Il riait dans l’été étincelant, dans la poussière blanche et chaude de l’après-midi, dans la lumière brûlante du soleil radieux.

Il est gentil cet enfant. Dit sa mère énamourée à une voisine de banc. Il est différent des autres et si gentil, mais il me fait tout à l’envers, peuchère.
Heureusement, que sa douceur et sa naïveté le sauvent.
- Sisyphe viens ! Viens vite ici mon chéri que je t’essuie le front tu es trempé de sueur ! Tu te rappelles, poussin, de ce qu’a dit tonton Albert ? Le jeu n’est pas de faire descendre les pierres mais de les remonter et si possible la plus grosse. Une fois là-haut seulement, tu peux la laisser rouler seule en bas et tu la remontes. Tu te souviens ?

C’est ça qui devrait te rendre heureux, mon amour. Normalement, c’est ça.

dimanche 3 juillet 2016

Semaine du 4 au 10 juillet 2016 - Le temps de vivre

Après avoir fait votre valise toute la semaine, vous aurez peut-être envie de nous raconter la suite...ou tout autre chose.
Mais la consigne imposée est d'utiliser obligatoirement en démarrage de votre texte l'incipit du poème de Boris Vian "Le temps de vivre", à savoir :

"Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres"

En prose ou en vers, vos textes devront nous parvenir avant dimanche 10 juillet minuit à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com.

vendredi 1 juillet 2016

Cadichonne - L'art de faire sa valise

(ou l’art de faire sa balise…)

Depuis trois semaines, je ne vivais plus…
Mais où est-il, qu’est-il donc devenu ??
Aurait-il quitté notre monde de misères
Pour des cieux plus cléments, pour un meilleur éther ?
Nous surveille-t-il, du haut de son nuage ?
Corrigeant les copies, riant à chaque page ?
Notre Maître Absolu, Seigneur des Impromptus,
Je te croyais hélas à jamais disparu…
Mais je savais aussi aux tréfonds de mon âme,
Qu’il était bien prématuré que je m’alarme.
Pour un si grand voyage au Pays idéal,
Jamais le Maître ne se ferait la malle,
Sans avoir rangé ou bien vidé son sac,
Pour joindre le zodiaque, en zodiac, en kayak … (Ah ces rimes…. Soupirs….)
Car pour quitter ce monde comme pour l’habiter,
Un seul maîtrise assez l’art de faire sa valise
De mots bien emballés comme autant de surprises,
Des cadeaux vegassiens en valoches enchantées…
Alors, pourquoi j’balise ?....


Chri - L'art de faire sa valise

L’art de faire une valise.

Si tu t’en vas, Lise, tu n’en as pas besoin d’une, lui dit simplement Anna.
Anna, Lise, les deux meilleures amies du monde. Ton départ si soudain, n’est pas une cata, Lise ajouta Anna. J’espérais simplement que tu attendes la fin du bal, Lise. Tu me fatigues Anna, avec tes jeux de mots, ajouta Lise. Donne moi plutôt ton conseil, douce Anna?

Pour tout voyage, tu n’as besoin que d’une chose, à emporter avec toi, qui ne tient dans aucun sac, aucune malle, aucune valise. C’est ton désir, Lise. Voyage léger, n’emmène que lui. Il ne prend aucune place puisqu’il la prendra toute.

Pars avec des yeux neufs, curieuse, souriante, les bras ouverts, le monde et les autres ne peuvent que s’offrir à toi.