mercredi 16 mai 2018

Marité - Au pays du sourire

Achile.

Je vais vous raconter ce qui m'est arrivé au pays du sourire. Et je vous prie de croire à mon histoire : je n'ai rien inventé.

- Alors, mon biquet, on est venu voir Achile ?
- Hein ? Quoi ? Voilà que ça recommence comme cette nuit. Qui me parle ?
- Moi, Achile le crocodile.
- Ça alors ! Un crocodile qui parle. Et français encore !
- Mais oui, mon cher. J'ai beaucoup de mémoire comme chacun le sait. Ne dit-on pas chez vous mémoire de crocodile ?
- Non. Ce sont les éléphants qui possèdent une mémoire extraordinaire il parait.
- Et bien, on se trompe chez toi.
Achile rit de son jeu de mots. C'est super : moi qui pensais que les crocodiles ne savaient que pleurer. Regardez bien la photo. On voit nettement qu'Achile rit.
- Mais au fait, cher visiteur, je me suis présenté. Pas toi.
- Pardon Achile. Je me nomme Victor.
- Hector ?
- Victor. V...comme Victor.
- V comme Victor, tu me plais bien toi. J'adore voir ma photo sur ton polo. C'est cool ça.
- Euh, c'est Georgette qui me l'a offert pour Noël.
- Elle a bon goût ta femme. Je te kiffe aussi parce que tu ne te promènes pas avec une ombrelle et une perche à selfies. Si tu savais ce que je dois recracher quand j'ai croqué un de ces malotrus de chinetoque. Par contre, je garde leurs portables. J'attends qu'ils aient pris leurs photos avant de bondir. J'ai une belle galerie de portraits dans mon vestibule. J'adore me regarder. Je me trouve beau. Pas toi ?
- Si, si Achile. Moi aussi, j'ai pris une photo - je me mets soudain à le regretter - Je croyais que tu dormais.
- Moi, dormir ? C'est une feinte. Mais ne t'inquiète pas. Je ne te mangerai pas. Je ne digère pas les hommes à barbe. Et d'abord, leurs piquants me grattent au passage, dans la gorge. Vois-tu : j'ai la gorge fragile. Hum hum. Tu n'aurais pas des valda sur toi par hasard ? J'ai dû avaler une jaune à l'ombrelle aux baleines démises. Peuvent pas faire attention, ces jaunes. Vraiment de la saloperie ce qu'ils fabriquent.
- Tiens. C'est drôle. Moi aussi, je suis fragile de la gorge. J'ai quelques pastilles. Tu tombes bien.
- Ecoute, je ne suis pas chien. On va faire un deal. Je suppose que tu veux ramener une bricole à ta femme ?
- Elle voudrait bien un sac ma Georgette.
- En croco bien sûr. Hé, tu es un petit malin toi. Tu ne veux pas perdre au change. Je vois, je vois.
- Ben. Je demande peut être beaucoup. Elle se contenterait d'un petit porte-monnaie pour les courses...Rien qu'un petit...
- Je vais demander à Odile. C'est ma copine. Tu vois, je la protège. En même temps, sa tête me sert d'oreiller. Pratique, non ? Tu peux en faire autant toi ?
- Non. A cette idée, le fou-rire me prend.
- Elle est fatiguée, cette pauvre Odile. Figure-toi qu'elle vient juste de pondre. Il faut aussi que je trouve quelque chose à manger pour elle et pour moi. (Brrr, j'ai la chair de poule, tout à coup. Je n'aime pas qu'Achile parle de manger.) Qu'est-ce qu'on croûte chez toi au fait ?
- Des rillettes principalement. Mais pas que. Du poulet de Loué aussi, élevé en plein air.
- Loué soit le poulet ! J'aimerais il me semble. Bon. Voyons. Odile, ma chérie, ce monsieur voudrait un morceau de peau.
Odile baille, me regarde un peu. Du coin de l'œil. Elle grogne :
- Tous les mêmes ! Mais qu'est-ce qu'ils ont à vouloir du croco ? Et des sacs, et des chaussures, et des ceintures... Et quoi encore ? C'est malheureux quand même. On ne peut pas être tranquille. Bon. Il a l'air sympa celui-là. Achile, on ne va pas lui donner un morceau de ton talon. - Odile s'esclaffe. Ce doit être leur blague favorite - Je vais regarder dans mes archives. Il doit me rester un bout de queue de ma grand-mère.

Odile revient avec une superbe peau. Largement de quoi faire un sac pour Georgette. Ce qu'elle va être contente, ma Georgette ! Nous procédons à l'échange : pastilles contre peau de croco. Je salue bien bas mes nouveaux amis, m'éloigne avant qu'ils ne changent d'avis. On ne sait jamais. Achile rit. Oui. Mais peut être jaune. A force de bouffer du chinois.

Vous savez ce qu'il vous reste à faire avant d'approcher les crocodiles : laissez-vous pousser la barbe messieurs. Pour les femmes ? Euh, il doit exister quelques trucs. Faudra demander. J'y penserai la prochaine fois.

3 commentaires:

  1. voilà un marchandage bien singulier !

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  2. Je les avais pourtant bien observés mais à l'avenir je ne les regarderai plus pareil :))

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    1. Tu as raison : j'ai mal vu - je devais avoir les yeux à demi fermés - (!) Achile ne pose pas sa tête sur la tête d'Odile. Et ça fait évidemment toute la différence. :-)

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