dimanche 22 janvier 2017

Dib - Le doigt sur l'interrupteur


La maison était spacieuse et joliment meublée. De génération en génération, les travaux successifs l’avaient toujours préservée des dommages du temps. Nous adorions y aller les étés. Ça avait toujours été le lieu de retrouvailles et il était nécessaire, année après année, de prendre en plus en plus de recul pour avoir tout le monde sur la photo.

C’est moi qui en avais hérité. J’y allais souvent seule, pour m’adonner à l’écriture, et parfois j’y emmenais ma sœur. Nos journées étaient alors ponctuées de discussions à bâtons rompus, de fous rires et de balades alentours.


Cette maison avait beau être ma muse, l’endroit qui me ressemblait le plus, je ne m’y rendais quasiment plus. Aussi avais-je confié la clé à Sylvie, qui, elle continuait de s’y rendre.


Elle prenait goût au bricolage, elle qui n’avait jamais trop rien fait de ses dix doigts, et m’avait dit y avoir démonté la vieille pendule -sans avoir réussi, je crois, à y rassembler les rouages dans l’ordre d’origine - ou encore avoir modifié le circuit électrique. Cela ne m’importait guère. La maison continuait à respirer, à vivre grâce à elle. Jusqu’à ce coup de fil, un soir…. Je reconnus à grand peine la voix de ma sœur, entrecoupée de sanglots. J’avais du mal à comprendre son message, il y avait du bruit derrière, un bruit qu’il m’était tout-à-fait impossible à identifier à distance. Puis une sirène, et une voix d’homme :


- Vous êtes madame Langlois ?

- Oui, c’est moi. Que se passe-t-il ? Qui êtes-vous ? Où est ma sœur ?

- Je suis le capitaine Cardou, capitaine de sapeurs-pompiers de la commune de Baux. Votre maison est en flamme, madame. Un feu difficile à maîtriser pour le moment. Vous est-il possible de venir ici ? Votre sœur est en état de choc, votre présence serait précieuse.


Comment était-ce possible ? La maison de notre enfance ? Que s’était-il passé ? 
J’avais la sensation que le monde s’effondrait. Pourtant, c’était à ma sœur qu’il fallait penser. Je cherchais mes clés de voiture à la hâte et partis, dans un état de semi-conscience. Heureusement, Baux n’était pas si loin, puis venaient ensuite, les dix derniers kilomètres de chemin cahoteux. J’en avais pour une cinquantaine de minutes. Arrivée sur place, la fumée et les flammes empêchaient de se rendre compte de l’ampleur des dégâts.

Au milieu de la chaleur étouffante et des hommes casqués je trouvai ma sœur, hébétée, l’œil hagard.
- J’ai juste mis le doigt sur l’interrupteur, tu sais. J’ai juste mis le doigt sur l’interrupteur.

6 commentaires:

  1. le bricolage, c'est bien, mais en matière d'électricité ça craint :(

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  2. stouf macho à deux euros
    J'l'ais toujours dis "les hommes bricolos et les femmes aux fourneaux !"... remarque, les hommes au bistrot c'est bien aussi.
    Ah, j'vous ais jamais dis que le mot bistrot vient du temps de Napoléon ? Les cosaques étaient chargés de surveiller la grande armée lors de la retraite de russie et lorsqu'ils rentraient dans une taverne ils disaient "bistrot bistrot !" qui veut dire "vite vite !" dans leur language de gougnafiers tsaristes. ;o)

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    1. Exact (pour la partie 2 : Napoléon.... La 1ère, y 'a à redire.....).
      En russe, vite : c'est vuistra (ce qui a donné "bistrot")

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  3. Certains gestes sont parfois lourds de conséquence !

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  4. La fée électricité en ricane encore comme un beau diable !

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