mercredi 18 janvier 2017

Chri - le doigt sur l'interrupteur

Interrupteur à Zeugma.

Il posa son doigt sur l'interrupteur. C’était un interrupteur qu’il chérissait, un vieux modèle qu’on ne fabriquait plus que très rarement. C’était un interrupteur à zeugma.

Cependant, il n’appuya pas de suite, il garda le doigt dessus sans le presser, comme s’il s’agissait un bouton de déclenchement de la force de frappe nucléaire, comme si le fait d’appuyer ou pas allait changer la face du monde, l’avenir de la planète, de l’humanité, voire même de l’univers. Le fait de retenir son index, de ne rien lui laisser tenter, fit monter en lui un sentiment de puissance extrêmement violent d’une puissance presque divine. Allongé sous sa couette, là, le doigt sur son bouton il était Dieu, son fils et l’esprit malsain réunis. Il était immortel, invincible, il était celui qui décide, qui choisit, qui tranche. Il n’avait jamais de sa vie éprouvé un telle force, excepté quand il s’était trouvé plusieurs fois devant une fourmilière animée. Là oui il avait été envahi pas une toute puissance déferlante, saisissante puisqu’en un seul coup de pied, il pouvait tout anéantir.

Il n’en fit rien mais n’en pensa pas moins. Cet extravagant orgueil !

Mais ce soir il n’était pas vraiment à son avantage, à moitié nu, sous une couette d’hiver en plumes d’oies, un doigt sorti de dessous les plumes, prêt à appuyer, fourbu de fatigue…

Il attendit encore quelques secondes, une petite minute qui lui sembla durer une éternité, puis enfin, les yeux déjà mi-clos, il pressa l’interrupteur et la lumière se jeta hors de la pièce.

Alors, au même instant, il plongea dans le noir et dans un sommeil profond.

3 commentaires:

  1. ah ah !!! je me demandais où tu voulais en arriver :))
    presque un ancrage hypnotique pour accéder au sommeil, ça :)

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  2. J'en connais qui repoussent la nuit pour ne pas dormir, pour repousser plus loin le début du lendemain; par peur de vieillir, peut-être, ou prolonger la journée jusqu'à l'ivresse du sommeil. C'est ce que ton texte me soulève comme réflexions.J'aime beaucoup; il y a tant à dire.

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  3. On dira ce qu'on voudra : un interrupteur, c'est magique, il suffit d'appuyer et on commande à la lumière. Ton texte exprime bien cette toute puissance.

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