mardi 17 avril 2018

Mapie - Le jardinier amoureux

Jeune et belle comme le sont bien souvent les jeunes femmes qui se savent admirées au regard des passants. Elle promenait son chien, petite boule de poil blanche matin et soir sur le terre plain au milieu  du boulevard  de Rochechouard.  A elle seule, elle aurait pu faire de Paris, l'une des villes les plus romantiques qui soit. Son sourire  rayonnait et le mur à deux pas lui criait des "je t'aime " en toutes les langues qui soient.
Sur son banc vert Decaux, un homme  très "comme il faut" prenait l'air vicié de Paris avec délectation comme chaque matin depuis... depuis.... oh là... avant la naissance de Gilles... son braque de Weimar... une bête énorme qu'il devait sortir toute la journée sous prétexte que l'appartement du 6 ème était plus étroit qu'une niche pour leurs 6 pattes et deux bras...
Bref, assis sur son banc, il la voyait passer.  La peluche blanche faisait de l’œil à Gilles et la bouche au contour parfait esquissait un sourire amical et discret à notre jardinier amoureux . 
Car jardinier, il l'était, depuis quelques temps... amoureux aussi... de ce sourire quotidien qui prenait plus de place dans la vie de cet homme que son énorme chien.
Tant amoureux qu'il lui fallu arpenter tous les magasins  de Marionnaud à Lafayette pour retrouver ce rouge à lèvres parfait qui habillait si bien la bouche de la jeune et jolie femme qui promenait son chien sur le boulevard.
Coquelicot... ou fleur de Pavot... appelez ce lips stick comme vous voulez, toujours est-il que ses lèvres sont rouges, charnues, en coupe creuse, telles ces fleurs éphémères et toxiques aux effets narcotiques.
Les jours comme les nuits de notre jardinier étaient peuplés de baisers sauvages en quantité innombrable tel un tapis  coloré de Monet... Et plus les jours passaient, et plus notre homme se plaisait à cultiver ce jardin, son jardin. Épris de la femme aux lèvres coquelicot, il veillait à parfaire son tapis coloré boulevard Rochechouard...
Au début, il ramassait à terre les tissus et autres détritus abîmant le décors, puis sur les jardinières des balcons il planta du colza jaune, des herbes vertes, et du pavot, oui du pavot plus qu'il n'en faut... mais qui se serait plaint ?... C'était si joli, ce champs fleuri au milieu de Paris... 
Et  puis,  phénomène étonnant, le linge qui séchait dehors   à la fenêtre disparaissait.. ou plutôt, quelques chaussettes grises ou blanches rafraîchies, ou encore du linge de corps sans couleur... s'envolèrent...  ne restait que les vêtements de couleur rouge, jaune paille, vert tendre et un peu de bleu...
Oui, notre jardinier désherbait...
Il échangeait une culotte à motifs improbable contre un slip jaune pâle ou un body vert bleuté... Toujours de très bon goût car personne ne bronchait... Plus étonnant encore, il semblait que les habitants se plaisaient petit à petit à ne mettre plus que du linge de couleur appropriée sur leurs balcons...

3 commentaires:

  1. une jolie histoire, haute en couleurs !

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  2. En vert ... Non : en vers... Non... Envers.... Nos ! Bon puisqu'il s'agit du Bd Rochechouart disons : Anvers et contre tout voilà une histoire sympa, c'était square d'Anvers non ?

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  3. Comme c'est joli, ce jardinier des boxers et des culottes de satin...
    Une belle histoire à regarder en Technicolor...
    ¸¸.•*¨*• ☆

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