lundi 13 février 2017

Lilousoleil - Elle regardait les flammes

Elle regardait les flammes ; le feu faisait partie de ses premiers souvenirs.
Elle avait six ans quand la cabane à outils de son grand-père fut entièrement détruite par un incendie.

Elle regardait les flammes, les grandes flammes qui léchaient les montants en bois en dégageant une odeur chaude et délicieuse qui emplissait ses narines des arômes de châtaigne, pommier ou tilleul se mêlant à la fumée. Elle voyait des personnages qui se contorsionnaient avant de disparaître et de renaître. Un jour, elle vit même la gitane qui dansait sur paquet de clopes de son père.

Depuis ce jour, Elle contemplait tous les feux. Chaque jour, le père allumait la cheminée ou le vieux poêle. Elle restait des heures à regarder la danse des petites langues jaunes qui s’allongeaient gourmandes et voraces. Au fur à mesure qu’elles grandissaient, elles devenaient orangées puis rouge sang et elles se tortillaient, laissant échapper une fumée noire ou blanche. Le bois crépitait, craquait, chantait devant ses yeux éblouis. Elle se mit à collectionner, en cachette, les briquets et les allumettes qu’elle chapardait dès que l’occasion se présentait.

Suivant des cours de piano, elle découvrit un jour la partition de la « Danse du feu » de Manuel de Falla. Elle voulut apprendre ce morceau de musique mais encore trop difficile pour son niveau débutant la méthode rose. Alors, vidant ses poches, tirelire, gardant la monnaie du pain, elle courut tous les disquaires pour acheter toutes les versions qui puissent exister de Samson François à Arthur Rubinstein en passant par Alexis Weissenberg. Elle écoutait cette musique en boucle et peu à peu, elle apprit à comparer les interprètes ; à les reconnaître ; leur phrasé, leur doigté, l’attaque des touches et même les fausses notes de Rubinstein. Elle connaissait par cœur toutes les versions. Ivre de musique, elle se baladait sur les chemins dans sa campagne natale. Elle fredonnait ou chantait à tue tête des mots qu’elle associait à la musique. Et quand dans sa tête, elle n’avait plus de résonance, elle rassemblait des brindilles, un peu de bois mort et hop, elle faisait flamber. Dès que les flammes grandissaient, rougissaient, Elle regardait les flammes avidement et s’éloignait ensuite en courant se réfugier dans sa chambre et s’endormait apaisée un le sentiment d’un devoir accompli au fond du cœur.

Un matin elle entendit sa mère raconter qu’un pyromane avait mis le feu à une grange dans laquelle une famille s’était réfugiée. Une petite fille avait été intoxiquée par la fumée et la mère était légèrement brûlée. Les autres membres étaient sains et saufs mais sans logis.

L’horreur la frappa. Elle connaissait bien Alice, elles échangeaient des images de Barbie ou de la princesse des Neige. Elle vit alors des flammes éclater dans son cerveau. Les grandes torches la brulèrent. L’incendie fut terrible ravageur. Toutes ses larmes ne purent éteindre le feu qui la dévorait. Elle perdit l’appétit et le sommeil et la musique dans sa tête s’arrêta.

Furieusement, elle jeta ses disques, la platine et elle se dirigea vers la gendarmerie.. La justice se mit en route…Les soins, l’hôpital, l’internement…

Aujourd’hui, lorsqu’elle regarde les flammes, elle ne sent plus leur chaleur.

Où lire Lilou

5 commentaires:

  1. Un scénario digne de mary Higgins Clark...
    Les brûlures d'enfance font parfois des ravages dans les coeurs... :-)
    ¸¸.•*¨*• ☆

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  2. J'adooore et en plus ça finit mal, très mal, si tu en as d'autres, hein?

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  3. Un envoutement qui peut mener à la folie...

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  4. Arpenteur d'étoiles15 février 2017 à 16:51

    un histoire terrible et fort bien écrite et désormais, les flammes ne sont plus chaudes ...

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  5. Le feu est fascinant et peut conduire à la pyromanie. J'aime le feu...dans la cheminée.

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