lundi 4 mai 2015

Clémence - Un tiens...

Ils étaient quatre amis, unis comme les cinq doigts de la main. Cinq ? Oui, les quatre amis unis par un cinquième qui s'appelait « la-le  plus... » Ils se connaissaient depuis la maternelle : Amélie et Arnaud, Maud et Matéo.

La maternelle, inséparables pour faire les plus grosses bêtises ;
L'école primaire : inséparables pour relever les défis les plus drôles ;
Collège et lycée : inséparables pour tenter le diable ;
Fac et suite : toujours aussi inséparables !
Depuis qu'ils travaillaient, ils se rencontraient régulièrement autour d'une bonne table avec un thème sur lequel ils débattaient.

Aujourd'hui, les quatre amis  s'étaient donné rendez-vous à Cotignac, sur un des plus beaux cours de la Provence Verte, à la terrasse d'un bistrot près de la plus célèbre fontaine des quatre saisons.

Ils parlèrent de leur quotidien, de leurs souvenirs et de leur avenir. Conversation qui déboucha aisément, au moment du dessert, sur le thème retenu :
« Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras »

La discussion prit son premier virage sur l'orthographe de « Tiens », avec ou sans « S ».
Les choses étant au clair pour chacun, les arguments défilèrent, renforcés par le vécu ou le connu de chacun !
- Moi, je préfère la sécurité de mon job de fonctionnaire…
- Mais, tu ne connaîtras jamais les grands frissons, les montées d'adrénaline…
- Mieux vaut les points pour la retraite…
- Moi, je préfère me la constituer comme un grand..
- Et si un nouveau crash boursier remet tes comptes à zéro, tu seras dans de beaux draps !
- ….

J'étais assise à la table voisine et j'avais grand plaisir à les écouter. Je sais, ce n'est pas très poli, mais les quelques verres de rosé aidant, ils parlaient de plus en plus fort. Je pris garde à ne pas entrer dans leur conversation, mais distraitement d'abord, puis avec plus d'intensité, j'arbitrai leur dialectique.
Je n'en crus pas mes oreilles….Il s'avéra que les deux couples avaient un profil commun :
-  au sein du couple, l'un était pro du « tiens », l'autre, du « tu l'auras »
- les positions étaient tenues inversement par les protagonistes.

Je me pris au jeu de la mathématique pour trouver les combinaisons possibles  par une formule algébrique, formule que j'avais oubliée depuis longtemps !

Curieusement, ce ne fut pas cet oubli mathématique  qui m'interpella, mais le second virage de la conversation  des  quatre amis…
Les quelques éclats de voix  qui fusèrent ressemblèrent étrangement à des règlements de compte  enfouis dans la marmite du temps qui passe.
- C'est toujours comme ça avec toi, pas d'imprévu, la vie pépère du début à la fin …
- Si tu savais à quel point j'en ai assez de l'imprévisible et de l'imprévu, de l'improbable et de l'incertain….

Je n'en revenais pas :
Amélie et Arnaud, qui étaient arrivés main dans la main se lançaient des regard assassins ;
Maud et Matéo se tournaient le dos pour ne pas s'étriper !

Amélie s'en alla au bras de Matéo, se promettant mutuellement de vivre au rythme de « Tu l'auras », à grand renfort de projet pour conquérir un El Dorado à la mesure de leur démesure.

Arnaud prit sagement Maud par la main et s'en allèrent d'un pas tranquille sur leur chemin tout tracé.
1. Se conforter dans l'ascension « fonctionnariale ».
2. Acheter un appartement ou une maison,
3. Faire des enfants… un ou deux…
4. …

Mais bien vite, une espèce de  diablotin espiègle et déluré les titilla…
D'abord en rêves nocturnes. Au petit déjeuner, ils se les racontaient en riant de l'incongruité !
Et puis, l'un et l'autre se mirent à rêver lorsqu'ils allaient sur la Côte et prenaient un verre en soirée : les yachts somptueux scintillants et bruissants de mille fêtes, les Ferrari et Porche paradant sur l'avenue du port….

Un soir, ils rencontrèrent un jeune loup de la finance. Par des déclarations et suggestions imparables, il leur fit miroiter ce qu'ils se refusaient. Il les fit douter de leur sagesse et de leur bon sens.
Ils se rendirent au Casino. La fortune sourit toujours aux débutants. Candides, ils crurent en leur bonne étoile. Ils misèrent leurs économies en plaquettes poussées sur la table.
- Faites vos jeux, rien ne va plus…

Arnaud et Maud étaient hypnotisés par le regard du croupier.
Tout à coup, celui-ci se transforma en un gigantesque écritoire où ils purent lire :
« Avertissement.
Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras. »

3 commentaires:

  1. ne serait-ce pas plutôt d'un autre diction dont il s'agit là ?
    "qui se ressemble s'assemble !" :)
    bien amené en tout cas le dérapage sur un sujet qui semble, somme toute, anodin....

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    1. Tisseuse, ton message m'amène à réfléchir...
      Au départ de l'histoire, ce sont deux couples. Dans chacun des couples, il y a une inversion.
      AA : la femme est plutôt "un tiens" et l'homme "deux tu l'auras"
      MM: la femme est plutôt "deux tu l'auras" et l'homme "un tiens"
      C'est ce qui provoque la dispute des 4 personnages et les reproches lancés.
      Jusqu'à ce point de l'histoire: c'est l'opposition entre "un tiens" et "deux tu l'auras".

      C'est vers la fin du récit que les "semblables" forment un nouveau couple sous la bannière de "qui se ressemble s'assemble"...
      Puis... l'avertissement final...

      Cela semble un peu tordu, hein !!! :)

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  2. Ce chassé-croisé des Tiens et des Tu l'auras ressemble à une partie de poker!

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